J’ai souvent rêvé d’être gros.
Pas enveloppé, pas obèse, pas malade.
Juste un peu plus gros.
Un peu plus normal.
Pas enveloppé, pas obèse, pas malade.
Juste un peu plus gros.
Un peu plus normal.
Dans ma tête, les petits maigres comme moi ont toujours été incompris. Ou du moins laissés de côté. Il n’y a de place que pour les gros.
Les gros, ceux qui se font pointer du doigt durant les cours d’éducation physique parce qu’ils s’essoufflent rapidement, que les filles regardent d’un air moqueur au secondaire parce qu’ils râlent en marchant, ceux qui ont du mal à entrer dans leurs vêtements.
Et pourtant, il est tout aussi difficile d’être mince comme je l’étais à l’adolescence.
Les minces, ceux qui se font aussi pointer du doigt durant les cours d’éducation physique et qu’on choisit en dernier dans l’équipe de football, que les filles regardent d’un air tout aussi moqueur au secondaire parce qu’ils ont l’air trop feluettes et pas assez hommes pour les protéger, ceux qui ont aussi du mal à trouver des vêtements dans lesquels il ne flotteront pas.
Le défi n'est pas moindre lorsqu'on est pas gros. Il est seulement différent.
Heureusement, le temps arrange toujours les choses. Avec les années, ma gêne s’est lentement transformée en fierté. La fierté d’être en santé, de ne pas entrer dans le moule des hommes forts qui passent le trois quart de leur temps à se lover et à s’auto-carresser la musculature devant le miroir. La dignité d’une silouette différente, plus élancée, aussi racée que celle d’une gazelle. La quasi-arrogance d’un corps qui me permet de dépasser tout le monde, d’arriver le premier.
Comme les plus gros qui ont appris à embrasser leurs courbes et à vivre avec leur surplus de poids, je suis moi aussi fier du corps que j’habite aujourd’hui. J’ai finalement fait de ma différence un atout.
Appelons ça la revanche des maigres.
Appelons ça la revanche des maigres.
Par Sebastien Diaz, animateur et réalisateur.Crédit photo :
Sophie Samson